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Climatisation : pourquoi le pic électrique belge a basculé à 21 heures

En pleine journée, le photovoltaïque couvre l'essentiel de la demande de froid. Le problème commence quand le soleil décline : la consommation reste au-dessus de 10 GW alors que la production solaire tombe à zéro.

Par Sofia Amrani 8 août 2026 7 min Texte
Le réseau électrique belge à l'heure du pic de consommation
Le pic de consommation se forme désormais vers 21 heures, lorsque le solaire s'efface. — Photo : Novoklimov — CC0, via Wikimedia Commons

Un soir de juin, le prix de l'électricité sur le marché de gros belge a atteint 658 euros le mégawattheure. Un niveau jamais observé depuis décembre 2022. Deux jours plus tard, la barre des 1 000 euros était franchie. La cause n'était ni une panne de centrale, ni une crise d'approvisionnement : c'était la climatisation.

1 000 €Prix de gros dépassé en juin (par MWh)
10 GWConsommation encore appelée à 21 h 45
2,47 TWhSurconsommation annuelle si un ménage sur deux s'équipe
×40Consommation d'un climatiseur face à un ventilateur

Une courbe de charge qui s'est déformée

Le mécanisme est désormais bien documenté. En journée, les panneaux photovoltaïques produisent massivement et alimentent sans difficulté les climatiseurs. Les prix peuvent même devenir négatifs lorsque l'offre dépasse la demande. Puis le soleil décline.

Le vrai défi apparaît en soirée. Le pic se produit vers 21 heures. Et ce pic est largement lié à l'utilisation des climatiseurs. Damien Ernst, professeur en systèmes électriques

Double effet, donc : la production photovoltaïque disparaît pendant que la consommation reste élevée, parce que les logements n'ont pas refroidi et que les occupants sont rentrés. « Vers 21 h 45, on dépasse encore les 10 GW de consommation. C'est considérable », observe le chercheur.

Qui paie réellement ces pics ?

La CREG, régulateur fédéral de l'énergie, appelle au calme. Tous les consommateurs ne sont pas logés à la même enseigne.

Trois profils, trois expositions

  • Contrat fixe : aucun impact. Le tarif reste identique pendant toute la durée du contrat.
  • Contrat variable : effet amorti. Le prix suit une moyenne mensuelle du marché de gros, qui lisse les pointes de quelques heures.
  • Contrat dynamique : exposition directe, avec un prix qui peut changer toutes les heures, voire tous les quarts d'heure.

Le conseil du régulateur est simple : déplacer les usages énergivores vers les heures d'abondance solaire. Faire tourner le lave-linge, le lave-vaisselle ou pré-refroidir le logement en milieu de journée limite mécaniquement la facture.

Le stockage, seule réponse structurelle

Damien Ernst ne considère pas la généralisation de la climatisation comme incompatible avec le réseau belge. « Je pense que c'est réaliste », estime-t-il, à condition d'investir massivement dans le stockage : capter l'électricité bon marché de l'après-midi pour la restituer en soirée.

D'autres voix appellent à la prudence. Le Belgian Green Building Council rappelle qu'une généralisation de la climatisation ajouterait environ 2,47 TWh à la consommation annuelle belge si la moitié des ménages s'équipaient. Un climatiseur consomme plus de quarante fois ce que consomme un simple ventilateur.

Ce que ça change pour l'été prochain

  • La pointe du soir devient l'enjeu central du dimensionnement du réseau, davantage que la pointe hivernale de 18 heures.
  • Les tarifs capacitaires et les offres de flexibilité vont peser plus lourd dans le choix d'un contrat.
  • La rénovation thermique, souvent pensée pour le chauffage, devient un outil de confort d'été.

Reste une évidence comptable : quel que soit le contrat, un logement climatisé consomme davantage. Les tarifs peuvent amortir le choc, pas l'annuler.

Portrait de Sofia Amrani

Sofia Amrani

Cheffe de rubrique énergie et données. Suit les marchés de l'électricité, le réseau et la transition belge.

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